mise en ligne le 30 octobre 2005
mise à jour le 22 juillet 2010
Comment s’adresser à un
malade présentant des troubles cognitifs sévères
Texte rédigé par l'auteur
de ce site d'après les publications
de Small JA.
Small et al. étudient le langage et la communication dans la maladie d'Alzheimer
en observant et évaluant sur le terrain les stratégies utilisées par les aidants.
Je me suis inspiré de ces études pour préciser notre propre attitude
dans ces situations.
1. Éliminer les facteurs de
distraction, par exemple la télévision ou la radio. Au mieux, le dialogue aura
lieu seul à seul dans une chambre ou un bureau.
2. S'approcher du patient
lentement et de face, créer et maintenir un contact visuel avec le regard du
malade. Pour ma part, je me place de préférence au même niveau que lui, le
plus souvent en position assise. Mon visage est éclairé par la lumière. Il
convient aussi que demeurer dans le champ visuel de la personne interrogée.
Pour cela, il faut se situer au mieux au centre du champ visuel présumé. En
effet, le rétrécissement du champ visuel se combine souvent aux difficultés de
rotation du rachis cervical.
3. Utiliser des phrases
simples et les plus courtes possibles, comportant les mots les plus
simples. Les questions positives sont mieux comprises. Par exemple
: "avez-vous mal ?" plutôt que : "n'avez-vous pas mal
?"
4. Poser une seule question
ou ne donner qu'une seule instruction à la fois. En pratique attendre la
réponse avant de poser une autre question.
5. Poser des questions fermées qui appellent une réponse par "oui" ou par "non". Si l'on doit recourir à des questions ouvertes, celles qui font appel à la mémoire sémantique sont mieux comprises que celles qui se référent à la mémoire épisodique (Small JA, 2005).
6. Répéter les messages en
utilisant les mêmes mots, mot à mot, en articulant bien. Pour résumer, le
langage du "prêtre dans son église" me semble opérant.
7. Reformuler les messages
en utilisant des paraphrases (selon l'Encyclopædia Universalis 2004, pour notre
propos, "paraphrase" : développement explicatif d'un texte,
amplification verbeuse d'un texte, synonyme).
8. Éviter d'interrompre le
sujet et lui accorder tout le temps nécessaire pour répondre.
9. Encourager le sujet à
approcher verbalement ou à décrire le mot qu'il est en train de chercher, encourager
les circonlocutions (selon l'Encyclopædia Universalis 2004,
"circonlocution" : façon de parler par périphrases, de manière
indirecte. "Périphrase" : remplacement d'un mot par une
expression ayant le même sens, façon d'exprimer sa pensée de manière
indirecte).
10. Parler lentement. Cette
attitude semble toutefois moins performante que la répétition et l’utilisation
de paraphrases (Small JA, 2003).
11. Joindre le geste à la parole, par exemple en désignant du doigt une zone suspecte de douleur.
A tort ou à raison, je
tente d'imiter l'accent du résident quand il en possède un, par exemple celui de
Paris (chacun sait que nous n'avons aucun accent dans le Sud de
Les stratégies qui ont montré selon Small une amélioration de la communication sont l'élimination des éléments de distraction et la simplification de la structure de la phrase et des questions. Ces attitudes s'apparentent aux échanges verbaux en français lorsque notre interlocuteur ne maîtrise pas notre langue (et que nous ne maîtrisons pas la sienne). A déconseiller aux personnes pressées ou impatientes.
Ces données sont un argument supplémentaire en faveur de l'EVS (échelle verbale simple) dans l'évaluation de la douleur.
Bibliographie :
Small J. A. Langage et communication dans la maladie d'Alzheimer in Maladie d'Alzheimer et déclin cognitif. Serdi édition, 2002, pp 141-146.
Small JA. Stratégies de communication dans la prise en charge d'un patient atteint de maladie d'Alzheimer : recommandations et mises en application. In Maladie d'Alzheimer et déclin cognitif. Recherche et pratique clinique. Volume 9. Edition Française. Serdi Edition, Springer Publishing Company, 2004, pp188-92.
Small JA, Gutman G, Makela
S, Hillhouse B. Effectiveness of communication strategies used by caregivers of
persons with Alzheimer's disease during activities of daily living. J Speech
Lang Hear Res. 2003 Apr;46(2):353-67.
Small JA, Perry J. Do you remember? How caregivers question their
spouses who have Alzheimer's disease and the impact on communication. J Speech Lang Hear Res. 2005
Feb;48(1):125-36.
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